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Parmi les fonds carémiens, la béchamel et surtout l'espagnole récoltent un énorme succès. Dans son Tratatto di cucina paru à Turin en 1854, Giovanni Vialardi signale une timballa di maccaroni decorata alla napolitana qui a recours à une salsa espagnola devant servir à la confection d'un ragout alla financière (avec accent), à base de ris, de truffes, de quenelles, de crêtes et de rognons de coq. Il est étonnant de constater que les "ragouts" italiens ne semblent pas s'intéresser aux abats de poisson; pourtant, durant l'Antiquité, Rome était une grande consommatrice de laitances de murène, de foies de roussette, de langues de poisson voire d'oiseau.
Comme en France, "ragout" change progressivement de sens et en outre d'orthographe. Aujourd'hui ragù désigne une sauce tomate à la viande hachée qui sert à napper toutes sortes de pâtes (et quelquefois aussi un plat mijoté, à l'instar du ragoût français).
D'après J.F. Revel, en Toscane on sert néanmoins toujours une composition de ris d'agneau, de crêtes et rognons de coq sous le nom de rigaglie alla salvia (abats à la sauge).
Par la suite, la timbale de pâtes perd de son prestige avant de tomber en désuétude. Alexandre Dumas (l'auteur des Trois mousquetaires est un fin gourmet auquel on doit un passionnant Dictionnaire de cuisine ) en donne une recette d'une pauvreté désolante: un moule est tapissé d'une vulgaire pâte brisée et rempli à ras bord de macaronis au parmesan et à la mie de pain...
En Provence, elle reste toutefois un mets recherché au moins jusqu'à la fin du XIXe siècle, comme en témoigne la timbale de macaronis à la financière de Reboul (La cuisinière provençale, Marseille, 1880). Assez curieusement cette financière ne comporte ni crêtes ni rognons de coq.
Mais entre-temps sont apparues en Italie deux petites révolutions dans l'univers pastier: d'une part, la cuisson al dente, d'autre part, l'utilisation de la tomate et l'invention du pesto.
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