7. Raviolis
Ravioli vient probablement du latin russus (= roux) vulgarisé en rufus qui donnera en bas latin rufeola , russeola ou rasseola, attestés au début du Moyen Âge et à l’origine respectivement de rissole en français et de rafioli puis ravioli en italien. En effet, primitivement les raviolis sont frits à l’huile et ont donc une couleur dorée voire rousse.
Le Liber de coquina.... en distingue plusieurs types, parmi lesquelles figurent encore plusieurs variétés frites: - des petites saucisses farcies de tripes de porc, enfermées dans une crépine et rissolées dans l’huile; ce sont les descendants des crépinettes romaines ou esicia . - des rissoles ou beignets composés d’une farce de viande ou de fruits enveloppée dans une pâte (in tortello paste ) passée à la friture. Le Liber précise que la pâte est la même que celle utilisée pour les lasagnes. - par ailleurs, le Liber parle de raviolas albos , raviolis blancs. Il s’agit de quenelles, car la farce n’est ni enrobée de pâte ni enveloppée dans une crépine; eux, aussi, descendent en droite ligne des esicia antiques - enfin, le Liber fait allusion à des raviolis préparés avec une farce à base de chair de porc et de fromage, avec laquelle on fait des crépinettes ou des saucisses ou des raviolas vel tortam (raviolis ou tourte, par définition enrobée de pâte). L’auteur ajoute qu’on peut non seulement les frire mais aussi les bouillir. Autrement dit, la dernière catégorie vise de raviolis du type paste.
Le Liber ne mentionne donc les raviolis bouillis que de manière accessoire.
Ce n’est pas le cas de deux manuscrits contemporains (XIIIe siècle) mais d’origine anglo-normande. Ils sont rédigés en français d’oïl, la langue officielle le la cour d’Angleterre depuis le règne de Guillaume le Conquérant, duc de Normandie (XIe siècle). Ainsi, les “kuskenoles” fourrés de fruits secs et frais sont bouillis dans de l’eau, tout en subissant un passage final sous le gril. Ils dérivent de l’arabe khashkinaj, un ravioli frit, donc une rissole, également remplie de fruits secs. On les retrouve seulement en Italie au XIVe siècle sous le nom de quinquinelli ou schinschinelli qui sont frits, comme le khashkinaj.
On peut dès lors se demander si l’idée de cuire les raviolis en milieu humide ne viendrait pas des Franco-Normands. Ceux-ci auraient très bien pu inaugurer cette façon lors de leur occupation de la Sicile, l’”île aux itriyya-s “ , qu”ils conquièrent quelques années seulement après l’Angleterre (1066): entre 1043 et 1059. (Les Franco-Normands y restent jusqu’en 1194).
Les culurzones ou culingionis sardes, des raviolis farcis aux fruits secs et bouillis, descendant manifestement des “kuskenoles”.
Par la suite, les raviolis bouillis se généralisent progressivement en Italie et adoptent des formes variées: demi-lune, chausson, carré. Maestro Martino ne les veut pas plus pas plus gros qu’une demi-châtaigne
|